Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Lettre du mardi 21 août 1917
Sertier Lucien
Lyon, vendredi 24 août 1917
Vendredi soir (Date incertaine)
Bien chère Alice,

Reçu hier soir ta lettre m’annonçant le paquet de Tricotelle. Louise est allée ke chercher et n’a rien trouvé. Jean Pinette logeant à la Mule Blanche ( ??) Tricotelle est donc parti ce matin sans ses fromages. Je suis allé voir à 10 heures et j’ai enfin rapporté le paquet. Je vais le lui envoyer par la Part-Dieu. Merci pour les miens. Je me suis demandé pourquoi tu n’as pas envoyé le beurre de M. Cleyet en même temps. Ma lettre ne te serait-elle pas parvenue ?

J’arrive à ce qui t’intéresse. Le G.A. Cette fois, ça va y être. Hier matin, tout a bien marché avec le capitaine bien que ce fut le même qui m’avait refusé l’autre fois. Le « piston » sert… Les bureaux ont bien fait quelques difficultés. Il y avait un petit sous-lieutenant très aimable mais qui voulait absolument m’empêcher de partir. Il a dû s’incliner comme les autres. A l’heure où je t’écris, tous mes papiers sont prêts et j’ai touché le prêt. Je pars demain matin. J’aime à croire que rien ne viendra se mettre en travers d’ici là Ce matin, le lieutenant Cleyet (mon chef 560) (mon camarade est dragon) m’a causé dehors et m’a dit qu’il connaissait intimement mon nouveau chef l’officier du G.A ce qui voulait dire que je pourrais en bénéficier. Les camarades étaient ébahis de me voir causer familièrement avec le lieutenant et les bureaux, si arrogants d’habitude, se montraient plein d’égards pour moi ce matin ! Ô vanité humaine !!! Dès qu’il y a un peu d’appui, on sent tout ce monde à plat ventre !

Je vais donc au G.A sous les meilleurs auspices. On verra bien ce qu’il adviendra. Ce soir je paye à souper à Rassié qui dans tout cela m’a beaucoup aidé en me tenant au courant de tout ce qui m’était nécessaire. Grâce à lui j’ai pu éviter de monter la garde hier et coucher dans mon lit. Ça vaut bien un souper !

Depuis mon retour d’Orléans, j’ai constamment mangé chez les cousines. Voilà trois jours que c’est chez Mme Carra en haut mais les cousines n’y venaient pas. Je pense que c’est parce que ma cousine Hérard est enrhumée. Voilà deux jours que M. laroche vient souper aussi. Nous avons causé hier soir chez les cousines du paiement du beurre que tu as reçu dernièrement. Il n’y avait que mes cousines et moi et nous avons causé à cœur ouvert. Elles m’ont dit de prendre cet argent sans remords et de ne pas faire attention à ce que nos séjours chez elle leur coutaient car « elles pouvaient le faire et elles s’intéressaient à nous ». Ce sont les paroles de cousine Hérard. Maintenant, penses-en ce que tu voudras.

J’ai ramassé un peu de pain. Je l’enverrai mercredi. Mon commerce est fini car je m’en vais et d’un autre côté on a installé un réfectoire dans un manège. Adieu la récolte de croûtes.
Comme j’ai le temps cet après-midi, j’en profite pour t ‘écrire et laver des chaussettes et des serviettes. Hier j’ai lavé des mouchoirs. Prends-garde, j’apprends à me passer de toi !! Tricotelle a soudé le plat et raccommodé le réchaud. Pense donc de m’envoyer dans le prochain paquet mes semelles de papier cousu. Il pleut, il pleut. J’attends avec impatience de revoir les enfants. Je t’embrasse bien fort ainsi que tous à la maison.



Ne m’écris plus à la 560, je te donnerai ma nouvelle adresse.


Lucien
Lettre du jeudi 30 août 1917


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