Chère Alice,

Le temps est beau...

Tout près d'ici, la bataille fait rage.

Lucien Sertier
Bonjour à tous,

Le 24 octobre 1914, Lucien Sertier, se rendait à la mairie de Vienne. Sans doute au volant de son auto, une petite camionnette qui lui servait à livrer le pain de la boulangerie de Valencin, qu’il tenait avec sa femme Alice. Les voitures et ceux qui étaient capables de les conduire étaient rares. Cette compétence était pour lui une fierté.

Arrivé à Vienne, chef lieu d'arrondissement de l'Isère, il signifiait aux autorités qu’il décidait de se porter volontaire. Il s’engageait pour partir à la guerre. Lucien aurait pu choisir d’échapper à l’incorporation, il avait été réformé par la Commission spéciale du Rhône en janvier 1911 pour bronchite chronique.

Dans le droit fil de cet engagement, il se rend le 26 octobre à Lyon, où il prend son service au 14ème escadron du train des équipages militaires (conduite des automobiles).

Dans les premiers froids de novembre, Ernest, son deuxième fils, petit frère de ma grand-mère Marcelle, meurt de la diphtérie.

Ernest n’avait que deux ans. Pour tous, à Valencin, la peine est immense. Le 10 novembre, quelques jours après le décès de l’enfant, Lucien retrouve sa caserne à Lyon. C’est de ce jour que date la première des lettres qui ont été conservées.

C’était il y a cent ans tout juste. Pendant quatre ans, pendant toute la durée de la guerre, Lucien a écrit à Alice. Des centaines de lettres, d'une écriture fine et serrée, soigneusement rangées dans une boite en carton, qui racontent son quotidien de soldat et la peine liée à l’éloignement de sa famille. Il y explique aussi les raisons de son engagement.

Pour moi, qui vit depuis seize ans, dans la Somme tout près des champs de bataille, ces lettres sont particulièrement touchantes : il décrit avec son regard d’Isérois -pas toujours tendre- des villes, des paysages, des chemins qui me sont aujourd'hui familiers. Depuis plusieurs années, au gré de mon temps libre, je tape les lettres de Lucien pour les rendre accessibles à tous. Elles nous racontent une part de l’histoire familiale, elles sont surtout le reflet d’une époque tourmentée de notre histoire dans le regard d’un de nos grands-pères.
Pour que chacun puisse en prendre connaissance facilement, je vous propose de retrouver les écrits de Lucien, à chaque jour anniversaire de l’écriture de ces lettres, sur ce site.

Sabine Godard

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